Elle ajouta :

— Je suis d’ailleurs, ici, depuis peu d’instants…

— Je l’espère bien, madame, car j’ai fait la plus extrême diligence.

Le grand seigneur, hautain et dédaigneux, semblait, jusqu’à ce moment, ne faire aucune attention à la présence des bandits ni à celle de Gaspard. Il dit à sa femme :

— A peine m’aviez-vous quitté, madame, qu’un visiteur — bienvenu, ma foi ! — m’apprenait que le fameux Gaspard de Besse se trouverait sans doute en travers de votre chemin, ayant établi son campement dans le parc de Vaulabelle. Je montai à cheval aussitôt, pensant vous rejoindre avant que vous fussiez la victime des coquins.

Gaspard eut un léger mouvement d’impatience :

— Eh, là ! monsieur, fit-il.

Et le marquis, avec une parfaite impertinence :

— Je sais, je sais, monsieur, vous êtes leur chef. Bonjour. Je n’ai pas à me féliciter des façons de vos gens, monsieur. Comment ! je les cherche, je vous cherche, apportant à tout hasard une honnête rançon pour délivrer la marquise… je viens vous trouver chez vous ; et, à la grille de ce parc, pendant que mon valet l’ouvre, non sans peine, vos brigands, avec des cris inutiles, un peu ridicules, m’entourent et prétendent m’avoir pris !… Ne trichons pas, monsieur. Je vous somme, avant toutes choses, de me déclarer libre, comme je le suis en effet. Je ne suis pas un homme à qui l’on peut apprendre comment il se doit conduire. A la cour comme à la guerre ; j’ai parfois donné des leçons, monsieur ; je n’en ai jamais reçu. Et, pour tout dire, on ne saurait m’apprendre la politesse, à moi, monsieur, vu, monsieur, qu’à vingt ans, colonel, j’étais à Fontenoy.

A ce mot, le marquis assura sur sa tête un chapeau glorieux, mais démodé.