Elle se tut. Les trois hommes se taisaient. Le pénible et lourd silence se prolongea…
Ce fut Sanplan qui le rompit :
— Eh bien, oui ! fit-il tout à coup ; nous sommes des corsaires !… mais des chrétiens, Thérèse ! et qui n’attaquent que des païens fieffés… Sur ma foi, cela mérite mieux que vos lamentations d’ignorante. La vérité vraie, la vérité de fond, c’est ce qu’il faut voir, et la voici : c’est pour la justice, et en grande partie pour vous, que l’on trime. On veut punir les assassins du père de Bernard, et c’est ce qu’avec nous vous devez vouloir…, puisque vous aimez Bernard, et qu’une fille comme vous ne change pas d’amour comme de chemise ! Ne vous a-t-on pas fait rendre la dot, votre héritage, indûment retenue par ce coquin de Cabasse, votre oncle ? Cette dot n’est-elle pas en sûreté, pour vous être rendue, le jour où vous pourrez épouser Bernard ? Oui, n’est-ce pas ? Est-ce que c’est là, oui ou non, de notre part, une conduite d’honnêtes gens ? oui, n’est-ce pas ? Donc, on a droit à toute votre amitié et à votre estime…
Bernard osa dire un mot :
— Ne nous avez-vous pas vanté vous-même, un jour, ma Thérèse, les faits et gestes d’un certain Gaspard de Besse ? Eh bien, le voilà devant vous ; et je l’ai suivi fidèlement, parce qu’il a voulu servir la juste cause de mon père, châtier ses assassins et les mauvais juges qui oublient la justice.
— J’ai parlé, c’est vrai, un jour, devant lui-même, murmura Thérèse, de Gaspard de Besse comme d’un révolté aimé du peuple, — mais il arrive qu’on réprouve de près ce que, de loin, trop facilement, sur la foi des bavards, on a eu le tort d’excuser ; autre chose est d’excuser un coupable ; autre chose de s’en faire un allié… Adieu, Bernard, car, je pense, on ne va pas me retenir ici malgré moi ?
A mesure qu’elle parlait, sa voix s’était assurée. Maintenant, elle se tenait bien droite, tête haute, avec un air de défi qui venait de sa confiance, malgré tout persistante au fond de son cœur, en Bernard et en Gaspard.
— Oh ! Thérèse, dit Bernard, ne m’abandonnez pas ! Faites-moi crédit d’un peu de temps. Laissez que les événements vous prouvent que nos volontés sont justes ; attendez que le roi, peut-être, nous accorde, avec notre pardon, la justice que nous voulons.
Elle sanglotait, et finit par dire :
— Dieu voit que je ne sais plus où en sont mes pensées !