— La plus noble du monde, Monseigneur, surtout sachant à qui je parle ; mais s’il y a de bons prêtres, j’en ai vu de mauvais ; il en est des prêtres comme des magistrats ; et l’apostolat, comme la magistrature, obtiendrait partout un respect comparable à celui que vous inspirez, Monseigneur, si l’un et l’autre avaient moins de défaillances, et publiques. Nous ne voulons, avec vous, que justice et bienveillance. Et si je suis un réprouvé, c’est qu’il y a, selon moi, deux Églises : l’une qui s’éloigne du Christ, l’autre qui le cherche… Ma mémoire a enregistré naguère, et pour toujours, certaine phrase d’une bulle publiée, en 1318, par Jean XXII, qui fut pape chez nous, en Avignon, après avoir été évêque chez nous, à Fréjus. Sa bulle déclarait ceci : « Il y a deux Églises, une charnelle, accablée de richesses, perdue de délices, souillée de crimes ; l’autre spirituelle et libre dans sa pauvreté. » Je suis, Monseigneur, le fidèle de celle-ci, — l’Église du cœur, celle de François d’Assise.

Un trait de lumière douce traversa l’âme du bon évêque. Ses paupières battaient ; elles se fermèrent un instant ; il porta la main sur ses yeux ; on ne sait s’il n’essuya pas une larme ; il n’oubliait point cependant qu’il avait devant lui — l’adversaire :

— La date de 1318 ne prouve rien contre l’Église éternelle, monsieur ; mais vous êtes un homme singulier et un plus singulier bandit… Je ne désespère pas de vous voir finir en ermite, ajouta-t-il en souriant… Suis-je libre enfin ?

Gaspard crut comprendre que le vaillant prélat ferait, s’il était libre, ce qu’il refusait à la menace.

— Oui, Monseigneur. Et sans doute me rendrez-vous témoignage quelque jour.

— Je déplore, monsieur, qu’on puisse trouver de si bons sentiments chez un bandit.

— Il serait plus logique et plus juste de vous en réjouir, Monseigneur… Au rebours peut-être de ce que vous pensez, je dis que le bandit a peut-être plus de mérite, en tous cas plus de difficulté que le saint, à garder de bons sentiments.

— Monsieur Gaspard, dit l’évêque avec beaucoup de simplicité, puisque me voici libre et que vous n’exigez plus rien de moi, je vous prie de faire amener ici les deux enfants dont vous m’avez parlé. Vous avez raison : même aux égarés, surtout aux égarés, Christ accorde sa bénédiction. Il a pardonné, sur la croix, au bon larron. En son nom, et n’obéissant qu’à Lui, je bénirai… pour que cette bénédiction devienne votre rachat.


Gaspard avait donné des ordres à Sanplan. Bernard et Thérèse, près de la porte, attendaient, anxieux.