Gaspard, respectant la méditation du prêtre, se taisait, immobile derrière lui, songeant : « M’a-t-il compris ? Qui sait ? Il portera peut-être jusqu’au pied du trône l’explication de nos révoltes ; et peut-être obtiendra-t-il, en même temps que notre grâce, justice pour nous contre le Parlement. Que Teisseire soit vengé, ses assassins punis, — quel triomphe suffisant !… »

Les regards de l’évêque, errant sur l’horizon, au fond des grands espaces muets, revinrent sur la terre ; et il tressaillit. Il venait d’apercevoir, dans la grande allée, devant le château, un religieux, en robe de bure, qui faisait mine de lire un bréviaire. C’était Pablo.

Depuis qu’il s’était confessé à Gaspard, et depuis qu’il avait édifié les bandits, Pablo, en apparence toujours le même, était bien changé aux yeux de Gaspard qui, lorsqu’ils étaient seuls tous deux, le traitait de tout autre façon qu’autrefois.

Parmi les volumes dépareillés, dans la bibliothèque ruinée de Vaulabelle, il restait assez de bons livres pour que Pablo se fût amusé à les classer, à les relire, à en entretenir Gaspard. Le passé studieux du faux ermite le ressaisissait. Il retrouvait une intime fierté à s’apercevoir que sa mémoire, enfouie dans l’inconscience, y parlait encore tout bas, le remettait en présence des indignations très nobles qui pourtant l’avaient poussé, par impuissance, à se laisser déchoir… Une régénération intérieure, que rien ne révélait à personne, sinon à Gaspard, était commencée en lui. Bien des fois, Gaspard lui avait exprimé le désir qu’il avait d’être mis en présence d’un prince de la terre, qu’il ferait juge de ses sentiments et qui pourrait porter aux maîtres du peuple, aux ministres, au Roi peut-être, le vœu populaire qu’il prétendait, lui, Gaspard, représenter.

Et Pablo venait de se dire tout à coup que l’évêque de Castries, vénéré de tous, en Provence, pourrait être ce médiateur. Il s’était mis en quête de Gaspard et, ne le trouvant pas, il s’était informé ; et il était venu rôder sous les fenêtres de la salle où il le savait en conciliabule avec le prélat.

Il pensait qu’il pourrait, avec l’aide de Gaspard, faire entendre à ce noble personnage la vérité déjà comprise du peuple.

L’évêque, ayant aperçu Pablo, se tourna vers Gaspard :

— On dit, Monsieur, que vous avez attaché à votre troupe, une sorte d’aumônier ? Ne serait-ce point cet ermite que je vois passer là-bas ?… Avec votre agrément, je voudrais lui parler…

Gaspard s’approcha de la fenêtre vers laquelle Pablo leva les yeux. D’un signe, Gaspard l’appela.