Les bras en croix sur sa poitrine, debout dans sa robe de religieux, déchirée par endroits et assez malpropre, Pablo regardait le prélat d’un air narquois à la fois et déférent.

— Comment se fait-il, dit l’évêque, qu’il y ait parmi ces égarés un homme vêtu de cette robe ?

Pablo avait cherché cette entrevue ; et voilà qu’en présence de l’évêque, il se sentit intérieurement décontenancé et tout à fait incapable, parce qu’indigne, de formuler la requête qu’il avait méditée. Alors, irrité contre le respect même qui s’imposait à lui, il répondit, avec une rageuse irrévérence :

— Monseigneur, je suis l’aumônier du régiment.

L’évêque regardait fixement ce moine lamentable et audacieux.

Pablo se roidit dans son rôle de bravade. Gaspard regretta de l’avoir appelé sans lui avoir, au préalable, ordonné de prendre une attitude révérencieuse. Il eût voulu lui faire un signe d’intelligence ; mais Pablo, le devinant, ne le regardait pas et continuait :

— Au nom de nos braves, je distribue à des pauvres les biens mortels et nécessaires, le pain et le vin, sous les espèces d’écus bien trébuchants. Et quand je n’en ai plus, j’attends que nos voleurs s’en procurent encore. Ma bonne volonté est grande. Cela suffit. Dieu ne demande pas davantage. Il ne juge que l’intention.

— Cette jonglerie doit cesser ; vos réponses sont une parodie maligne des doctrines saintes, et un manque de respect pour mon caractère sacré ; vous copiez un hérésiarque qui a mérité le feu éternel. Vous renoncerez à cette parodie !

— Monseigneur a raison, dit fermement Gaspard ; obéissez-lui.

— J’ai pu causer avec votre chef, poursuivit l’évêque ; j’ai vu dans son cœur quelque chose de pur et d’honnête… mais vous, qui êtes-vous ?