Ce soir-là, Gaspard « ne lut pas plus avant ».

Il faut renoncer à dire ce que fut, en lui, sa joie orgueilleuse.

Il eut une sourde envie de l’exprimer en paroles abondantes et belles, mais il jugea plus prudent, plus galant, de laisser parler ses seuls regards, et de ne permettre à ses lèvres que le silence le plus discret.

Le lendemain, lorsqu’il prit congé, pour quelque temps, Mme de Lizerolles lui dit : « Maintenant, songez à la comédie qu’il vous faut prendre du Parlement, et lui donner vous-même. Cherchez un stratagème pour le jeter en posture ridicule. Continuez à mettre de la gaîté dans l’action que vous menez. Rien n’est plus selon l’esprit de France que la fronde et la chanson. Les choses semblent devoir s’arranger à votre satisfaction, de tous les côtés. Pour moi, comme dit Montaigne : « Lorsque j’en saisis des populaires et plus gayes, c’est pour me suyvre à moy qui n’aime point une sagesse cérimonieuse et triste. »

— Et moi, dit Gaspard, j’aime l’espièglerie. Puisque la mienne ne vous déplaît pas, vous en aurez, bientôt, j’espère, de réjouissantes nouvelles.

Ce disant, il songeait à réaliser son grand projet : capturer les Parlementaires ; faire plaider leur cause, ironiquement, par le comédien Jean Lecor, devant un tribunal de bandits menaçants et facétieux.

Gaspard comptait abattre ainsi, sous le ridicule, le prestige suranné des parlementaires.

CHAPITRE XVIII

En attendant la chute du Parlement, Gaspard, usurpant les fonctions de cette haute assemblée, rend, à sa façon, et à exemple de saint Louis, la justice, sinon sous un chêne, du moins sous un pin parasol.

Ses actes d’espièglerie ne tardèrent pas à réjouir non seulement Mme de Lizerolles, mais toute la Provence.