Ce fut la belle époque de Gaspard de Besse. Sa réputation, parmi les pauvres gens, était à son apogée. Il était vraiment pour eux le justicier.
L’intérêt que lui portait la patricienne l’avait d’abord élevé à ses propres yeux ; l’amour qu’elle lui prouvait maintenant, achevait de lui conférer, pensait-il, une sorte de dignité secrète qu’il voulait soutenir. La Femme créait ainsi les chevaliers d’autrefois.
Gaspard dut en arriver à tenir, à jour fixe, une sorte de lit de justice dans les collines de Vaulabelle. Il réalisait le mot du paysan de Signes, qui, délivré par lui d’un voleur de fruits et de légumes, s’était écrié : « Voilà le roi qu’il nous faudrait ! il rend la justice lui-même, et ça ne traîne pas ! » Et Gaspard, en riant, se comparait à Haroun-al-Raschid, jugeant, chaque matin, quelque nouvelle affaire ; et il appelait Sanplan son grand vizir.
On venait à lui de fort loin, et pour lui soumettre, la plupart du temps, des causes embrouillées, ou des cas de conscience qui auraient sans doute embarrassé le Parlement, et qui auraient pu devant ce haut tribunal, attirer des disgrâces aux plaignants eux-mêmes.
Gaspard se tenait assis sur une roche de la colline, à peu de distance du parc, sous un pin parasol centenaire, comme saint Louis sous son chêne légendaire.
Sanplan et Pablo à sa droite, Bernard et Lecor à sa gauche, trônaient sur des pierres disposées en manière d’escabeaux. Deux des anciens archers étaient présents et tout prêts à intervenir, au besoin, par la force.
On cite quelques-uns de ses arrêts.
Devant ce tribunal, apparut un jour une pauvre femme amenée par son mari.