Protégé par sa robe religieuse, il chemina allègrement en chantonnant maints couplets joyeux, comme : « Laudate Bacchum omnipotentem », et : « Dans Avignon, l’y a un père blanc ».
La nuit tombante, il arriva à Trans, tout près du monastère de Sainte-Roseline où, dans une noble chapelle, est conservé, intact miraculeusement, le corps de la sainte[2]. Au XIIe siècle les chevaliers du Temple eurent là un de leurs établissements, qui devint plus tard une maison de religieuses appartenant à l’ordre des Chartreux. Le monastère passa ensuite aux Observantins…
[2] Roseline naquit aux Arcs, en 1263, d’Arnaud II, sire de Villeneuve, baron des Arcs et de Trans. Sa mère était Sibile de Sabran, fille du comte de Forcalquier.
Ces moines furent hospitaliers à dom Pablo. La robe que portait Pablo lui avait valu bon accueil ; on le fit manger et boire à sa satisfaction. On lui fit visiter la chapelle où dort la sainte au visage découvert, noir d’être dans la mort depuis 800 ans. Ses mains noires sont jointes sur sa poitrine ; elle dort dans une tunique aux plis rigides… telle une maigre et sombre statue de bronze. Un bon père avait accompagné Pablo et l’éclairait d’une lanterne.
Le bon père était vieux et marchait courbé. Pablo en conclut distraitement qu’il était sourd et ne lui parla qu’en criant à tue-tête ; d’où l’autre, de son côté, conclut que Pablo, pour crier si fort, était sourd lui-même ; en sorte que ce fut un retentissant dialogue dont tremblaient les antiques voûtes du cloître.
— Vous avez là un trésor ! cria Pablo dans l’oreille du moine ; les dévots doivent abonder par ici, et remplir vos coffres ?
— Ne m’en parlez pas, répondit l’autre en hurlant. La religion s’en va ! On oublie Sainte Roseline ! Rares sont au contraire les pèlerins. Nous devrions, grâce à elle, ne manquer de rien. Des visiteurs tels que vous et qu’il faut nourrir, c’est là tout ce que la sainte nous rapporte ! Elle fait pourtant des miracles, mais pas pour nous… Sic vos non vobis…
Ici se révéla le génie improvisateur de Pablo :
— Avez-vous un âne ? vociféra-t-il.
Cet âne arrivait là sans nul souci des transitions, qui sont les pont-aux-ânes des esprits lents. Si saugrenue parut la question aux oreilles excellentes du prétendu sourd, qu’ayant parfaitement entendu, il ne comprit pas :