La bande s’était prudemment dispersée, et chacun des bandits, chez quelque paysan affilié, vivait en « travailleur de terre ».

Bernard revoyait de temps à autre sa Thérèse. « J’ai trouvé, à Marseille (lui disait-il), un bon emploi chez un armateur, et j’amasse un joli pécule qui sera ta fortune un jour. » Pourquoi l’aurait-elle soupçonné de mensonge ? Elle l’aimait.


Lorsque Sanplan et Bernard se rejoignaient, ils combinaient avec Pablo et Lecor, des plans d’évasion, toujours modifiés, car on ne voulait agir qu’avec une certitude de réussite.

A ces conciliabules assistaient souvent deux affidés qui étaient l’âme secrète de « l’administration » créée par Gaspard pour assurer la vie de sa bande. C’était Jean Bouilly, de Vidauban, et Joseph Augias, de la Valette, dont les noms ne furent connus du peuple que plus tard, lorsqu’ils figurèrent dans l’arrêt du Parlement.

Donc les amis de Gaspard, Sanplan et Bernard, ne songeaient qu’à délivrer le prisonnier ; mais, prudents, ils laissaient mûrir leurs projets. La capture de Gaspard était trop importante, croyaient-ils, pour que le captif ne fût pas gardé jalousement. D’autre part, si Sanplan se laissait prendre à son tour, la bande resterait sans chef et désorganisée. Il fallait donc manœuvrer avec la plus grande prudence. Bernard était bien novice pour tenter à lui seul une opération aussi difficile. Lecor s’offrit pour aller aux informations ; mais Sanplan, en fin de compte, ne se fiant qu’à lui-même, décida qu’il irait en simple éclaireur à Draguignan ; il y aurait les renseignements nécessaires sur la prison et les gardiens de la prison ; à son retour, on aviserait. Il se rendit à Draguignan, en effet ; il y apprit avec satisfaction que la geôle dracénoise n’était pas ce qu’il craignait qu’elle fût, mais simplement un pauvre cachot dans une maison assez mal défendue par le geôlier, un bon vivant nommé Castagne, veuf et père d’une jolie fille fort sage. Cette enfant exerçait, sur un père un peu trop amoureux de la bouteille, l’influence heureuse d’une fille vainement courtisée par les plus jolis gaillards de la ville. C’est par elle, songea Sanplan, que nous devons arriver à nos fins, mais il ne faut pas l’effaroucher. Gaspard d’ailleurs — je le connais — a dû commencer déjà, en faisant un brin de cour à la fillette, l’œuvre de sa délivrance.

Enfin, tout bien examiné, il fut décidé que, muni de ces premiers renseignements, dom Pablo irait à son tour à Draguignan ; et, livré à ses inspirations, trouverait la « combinazione » la meilleure pour pénétrer dans la prison, y voir Gaspard, lui parler, s’entendre avec lui. Pour cela, Pablo devrait ou s’assurer les bonnes dispositions de Louisette, la fille du geôlier ; ou apprivoiser celui-ci.

« Un ami de Bacchus ! déclarait Pablo ; je m’en charge ! »

La bande était dans l’Estérel.

Le moine s’achemina vers Draguignan. Chemin faisant, il chercha, dans son sac à malice, la combinazione la plus favorable. Il était parti trop tard dans la matinée pour atteindre Draguignan le soir même ; et il suivit la grand’route de préférence aux chemins de collines, où les habitations, trop rares, ne lui promettaient aucune hospitalité réjouissante.