Seul au fond de son triste cachot, Gaspard, en se remémorant cette aimable rencontre, riait tout haut ; et Louisette, la fille du geôlier, survenant tout à coup pour lui présenter la cruche d’eau et la miche de pain quotidiennes, le trouva tout riant encore. Elle lui demanda la cause de cette gaîté, singulière en un tel lieu.

— Je ris, dit Gaspard, d’un souvenir que je vous puis conter.

Parler directement aux filles de ce qu’elles doivent cacher n’est pas convenable, mais le souvenir qui égayait Gaspard restait aimablement chaste, après tout, avec tout juste la petite pointe de malice galante que personne ne condamne. Il se complut donc à narrer son historiette, et si gentiment le fit que Louisette y prit un plaisir extrême. Elle écoutait, un peu rougissante ; et le jouvent pensait qu’une prison où l’on reçoit de temps à autre une si plaisante visite n’est point cruelle autant qu’on le pourrait croire.

Avec sa coquine d’histoire, il n’offrait pas la fleurette à la fille, mais il lui montrait la fleurette.

Parler d’amour, c’est déjà appeler l’amour ; et c’est justement ce que faisait Gaspard, et de quoi il se sentait tout ranimé, dans un vague espoir d’obtenir quelque chose sans rien demander. C’est bien ce qui advint, car il se sentit tout à coup regardé avec des yeux dont le brillant humide se noyait dans un trouble communicatif.

Vivement sortit Louisette, pour cacher ce trouble léger. Ce fut assez. Gaspard comprit qu’à la fille du geôlier il ouvrait, lui, le captif, une fenêtre sur l’amour ; et qu’en échange elle lui ouvrirait la porte qui donnait sur la liberté. C’est dans la gorgerette de Louisette qu’il trouverait la clef des champs.

CHAPITRE II

Sainte Roseline, patronne des prisonniers, étend sur Gaspard sa protection miraculeuse par l’intermédiaire d’un pauvre ermite.

Pendant qu’ainsi rêvait, lisait et souffrait Gaspard, non sans garder confiance en son étoile, — que devenaient sa bande et ses amis ?