Marin retrouva la parole :

— Monsieur, dit-il enfin ; monsieur, s’il me fallait pendre à mon auvent une enseigne vivante, je ne trouverais pas mieux que votre gros intendant, qui d’ailleurs a l’air fait pour être pendu.

— Mon intendant, monsieur l’hôte, aura sans doute mérité, par quelque facétie inconsidérée, ce traitement sévère, — car il n’est pas très spirituel, vous avez pu, je pense, vous en apercevoir ; ni très rompu aux belles manières.

Sanplan allait répliquer, mais Gaspard :

— Allons, Benoît, et vous Baptiste, laissez-moi et gagnez vos logements personnels… Quant à vous, Benoît, soyez particulièrement attentif à mon service, et tâchez d’éviter les écarts de langage.

Sanplan et Bernard sortirent avec dignité.

On présenta cérémonieusement à M. de Paulac l’un des gentilshommes présents, lequel, à son tour, présenta deux ou trois des jeunes beautés qui s’approchaient, toutes pimpantes.

La marquise de La Gaillarde, occupée à quelque bavardage, n’avait pas reconnu Gaspard ; mais, lui, l’avait déjà aperçue.

On lui nomma ensuite quelques gentilshommes ; puis on lui désigna, avec un affecté dédain, La Trébourine et Leteur comme gros négociants en grains, à qui leur fortune donnait accès dans une si fastueuse maison.

— C’est un singulier maître d’hôtel que celui-ci, vint lui dire Montvert à qui on avait fait la leçon. C’est une sorte de maniaque qui se fait un amusement de sa profession. Il entend ne pas la quitter, malgré l’étendue de sa fortune qu’il a, dit-on, faite aux Indes, en sa jeunesse. On le soupçonne, avec raison, je crois, d’être né, de s’appeler La Galinière, et de voiler décemment ses titres de haute noblesse qui sont des plus authentiques ; il doit être le descendant, dégénéré en quelque manière, spirituel pourtant, d’un hobereau distingué ; et finalement il a su faire de sa maison un lieu de réunion aimable et facile, pour la meilleure noblesse d’Aix. Nous tolérons de sa part une certaine familiarité qui ne dépasse jamais les limites supportables…