— Vengez-vous, si vous le pouvez, monsieur ; ce sera servir Sa Majesté ; mais je vous répète que, pour ce qui est de prendre Gaspard, vous ne sauriez le prendre sans moi !
— Monsieur, dit Cocarel, je vous assure que je m’emploierai de toutes mes forces à l’entreprise d’une capture qui intéresse si fort la sûreté de l’État.
— A la bonne heure ! Entrevoyez-vous un moyen de nous y aider ?
Cocarel parut réfléchir ; mais Gaspard n’entendait pas que ce Cocarel lui échappât sans lui laisser aux mains quelque plume de l’aile ; c’est-à-dire sans que la comédie de cette soirée mémorable ait été de quelque heureux résultat pour la cause de Bernard.
Voyant que Cocarel continuait à se taire :
— Je dois vous prévenir formellement que vous aurez bientôt à vous défendre contre une accusation de meurtre… Il me faudrait des raisons bien extraordinaires, et que je ne saurais prévoir, pour modifier mon rapport à Sa Majesté, en ce qui vous concerne.
Nouveau silence.
Voyant Paulac et Cocarel en si intime conciliabule, la plupart des « invités » s’absorbaient dans le jeu ou dans leurs conversations personnelles. Le clavecin résonnait toujours.
— Monsieur, susurra enfin Cocarel avec une mine prudente — cette affaire… du moins en ce qui me concerne, ne saurait-elle vraiment… s’arranger… un peu ?
— Comment l’entendez-vous ? dit Gaspard.