Sur ces mots, le président lança un coup d’œil à Cocarel.
— C’est là en effet, je l’avoue, la somme importante qu’il m’a empruntée, dit Cocarel piteusement ; j’en ai là l’inutile reçu, dont je viens seulement de lire la signature.
— Ah ! le bon billet qu’a la Châtre ! s’écrièrent tout d’une voix les convives, pris, un peu tard, d’un fou rire.
— Montrez-nous sa griffe, Séraphin ?
— Non, ma foi ! protesta Cocarel, je consens qu’on rie de moi sur mon aveu spontané, mais non de par sa parole. J’en ai trop de honte en vérité !
— Eh bien, mon avis à moi, dit la marquise de la Gaillarde, qui avait ri plus haut que les autres, c’est que nous avons bien vu le vrai M. de Paulac ; qu’il avait eu vent de nos projets de galégeade, et qu’il nous a rendu la monnaie de notre pièce d’or en signant Gaspard de Besse le gentil billet de Cocarel.
Et Mlle de Malherbe de s’écrier à son tour :
— Jamais un Paulac quelconque n’aurait eu assez d’esprit ni d’audace pour se compromettre par une plaisanterie de cet ordre : — ce n’est pas là, pour un chef de police, une manière d’emprunter ; mais, pour un chef de bandits, c’est bien la plus spirituelle et même la plus aimable façon du monde. C’est bien à Gaspard de Besse, croyez-moi, que nous avons eu affaire ce soir, et vous conviendrez qu’il est charmant. On n’est pas plus adorablement frondeur et, pour moi, j’en raffole !
— Je me range à votre avis, mademoiselle, déclara Lisette.
Toutes les femmes applaudirent.