Le baron de Saquettes, avocat général, se faisait remarquer par la hauteur dédaigneuse de son attitude. Pâle, les sourcils froncés, il gardait le silence. Au moment de l’arrestation, sans même que cela eût été remarqué au milieu du brouhaha, — il avait eu le temps et la présence d’esprit de donner un ordre énergique à un brigadier des dragons ; et maintenant, soucieux, il en attendait l’effet. Viendrait-on à leur secours ? Homme rigide, sans nuances ni souplesse, blâmant les torts de ses confrères, mais incapable pourtant d’admettre la légèreté et l’ironique sourire du président Marin, des Saquettes représentait bien la loi dans son inflexibilité, la loi selon la lettre.

Marin, lui, — goguenardait.

Cocarel, le père de Séraphin, tenait les yeux obstinément fixés dans le vague, droit devant lui ; il sentait les responsabilités les plus lourdes peser sur son nom, sur sa famille.

Leteur, la Trébourine surtout, tremblotaient d’épouvante.

Tout à coup Lagriffe, jouant l’huissier, sortit d’un fourré, et annonça :

— Messieurs, la Cour !

Messieurs de la Cour parurent. C’étaient, — outre Gaspard, Sanplan et Pablo, — deux douzaines de bandits de choix, mine terrible, feutre en bataille, pistolets à la ceinture.

D’un mouvement machinal, toutes les robes rouges se mirent debout, non certes pour faire honneur à leurs juges occasionnels, mais parce qu’ils avaient l’habitude d’être solennellement en marche, lorsque retentissait dans le prétoire l’annonce de leur entrée : « la Cour ! »

Seul, M. des Saquettes ne se leva point. S’apercevant de leur méprise, tous les juges firent mine de se rasseoir, mais des fusils furent braqués sur eux aussitôt.

— Restez debout ! Messieurs ! dit Gaspard qui s’arrêta un instant et promena son regard perçant sur les juges-accusés.