— En conséquence, prononça Gaspard, Séraphin Cocarel est condamné, par contumace, à être pendu. Nous y pourvoirons.

Il se fit une vive agitation parmi les robes rouges.

Sanplan se mit debout :

— Voici ce que j’ai à dire, en ma qualité temporaire d’avocat général : Séraphin Cocarel, dont le compte est réglé, a voulu acheter la conscience du fils de Teisseire et son silence. Il lui a fait offrir une somme considérable. Le fils de Teisseire a refusé le prix du sang. Donc Cocarel s’est avoué coupable. Et maintenant, à votre tour, messieurs. J’accuse le Parlement d’avoir manqué à ses devoirs en corrompant les témoins du crime. Ces témoins, nous les connaissons et vous les connaissez. On les surprit, assistant d’assez près, dans l’ombre, au supplice de Teisseire. Le crime eut ainsi pour témoins deux hommes et une femme. Et ce qui prouve que Séraphin — j’aime ce nom ! — que Séraphin Cocarel n’était point aussi inconscient de son acte qu’on voudrait nous le faire croire, c’est qu’il eut la présence d’esprit de suivre les dangereux témoins chez eux ; puis, instruit du lieu de leur habitation, il revint, cette nuit-là même, amenant M. son père dans leur maison, et leur apportant, en beaux écus, la récompense de leur silence escompté. Ne niez pas, M. Cocarel ; nous avons fait notre enquête… Ne niez pas… ou nous vous appliquerons l’estiro ! Ces agissements, le Parlement les a approuvés. Vous êtes donc accusés, tous, de prévarication. Vous avez acheté le silence de trois témoins ; ce qui signifie, messieurs, que, selon vous, un riche homme a le droit de pendre un pauvre diable. Vous le pensez, vous n’oseriez pourtant pas le soutenir. C’est que, vous aussi, vous êtes conscients du forfait commis par Cocarel et de celui que vous avez commis vous-mêmes en innocentant le coupable.

Lecor se leva :

— On ne peut, dit-il, contraindre un juge à condamner un accusé qui est un membre de la famille ; et nous l’avons bien vu quand monsieur le président Marin, poursuivi, à sa demande, pour avoir tué un âne, vous récusa tous, comme parents de la victime !

Lecor se rassit.

Mais personne ne souriait plus et personne ne soufflait mot.

La comédie, décidément, tournait au drame.

CHAPITRE XXVI