Tandis qu’ainsi grouillait, bavardait, chantait, grondait et se faisait justice à sa façon, le peuple, dans la rue, Gaspard, dans la geôle de la caserne Sainte-Anne, souhaitait que tout, pour lui, fût terminé au plus tôt ici-bas.
Soudain, les gens, pressés devant la porte des prisons, sur laquelle veillaient des archers, s’écartèrent.
Vers la prison un prêtre s’avançait, qu’on reconnaissait, à la couleur de ses bas et à la ganse de son chapeau, pour un évêque.
La porte s’ouvrit devant lui et se ferma vite, jalousement.
— Vous, Monseigneur ? s’écria Gaspard.
— Moi-même. J’avais lu dans votre cœur ; j’ai prié tous les jours pour vous. Vous connaissez le proverbe de notre Provence : « Crosse d’or, évêque de bois ». Et vous savez ce qu’il signifie : « Riche évêque n’est pas évangélique ». Je viens vous dire que la parole du bandit Gaspard a éveillé en moi de telles réflexions, le jour de notre entrevue dans les ruines de Vaulabelle, que j’ai changé ma crosse qui était d’or, pour la crosse de bois ; et j’espère que, de mon cœur, trop occupé du monde, la clémence divine daignera faire un cœur d’or. Il paraîtrait peu vraisemblable au monde qu’il en soit ainsi, et que j’aie trouvé auprès de vous une lumière. C’est ainsi pourtant, et je vous apporte ma reconnaissance et ma paix — le baiser de paix, la bénédiction du Dieu de l’Évangile.
Gaspard prit la main du prélat — et baisa l’anneau ; — mais l’évêque, ému profondément, attira vers lui le lutteur révolté, et le serra sur sa poitrine.
Ils causèrent quelques instants ; et, quand l’apôtre se retira, il croisa, sur le seuil du cachot, une femme voilée.
— Oh ! vous, Monseigneur !