[23] Une lettre, adressée par Mlle de Malherbe à Mme d’Aubenas, sa cousine, le lendemain même de l’exécution, donne une idée de l’impression produite sur la meilleure société provençale, par la mort du jeune et bel aventurier : « Quelle horrible journée, ma chère ; on a exécuté hier, par l’affreux supplice de la roue, ce pauvre Gaspard de Besse. On ne voulait pas croire à cette sévérité du Parlement envers un homme si jeune et qui n’avait jamais commis d’assassinat. J’ai vu passer ce malheureux jeune homme de chez notre cousin Portalis, qui nous avait offert une fenêtre près du nouvel échafaud ; il marchait à la mort comme à une fête, répondant par des saluts gracieux aux baisers que lui envoyait la foule. Il avait demandé qu’on lui laissât ses habits de ville pour ne pas revêtir la livrée de l’infamie ; je n’ai pas voulu et pas pu en voir davantage ; mais on m’a dit qu’il était mort avec un courage héroïque. »

— Toute ta troupe est ici, dans Aix ; écoute bien. Bernard attend, avec des chevaux, sur la route de Marseille ; nos plus fidèles sont avec lui. Pablo rôde par la ville, prêt à haranguer la foule du haut de son âne, et à l’exciter contre les dragons, s’il en était besoin. Bref, tout est prêt ; je vais te faire enlever.

— Je te le défends bien !

— Pourquoi cela ?

— Pourquoi ? d’abord cela n’irait pas sans lutte. Vois tout ce peuple, tous ces soldats… qui, malgré eux peut-être, sabreraient notre peuple !… On s’égorgerait en mon nom ! Et pour quel profit ? Comment ne comprends-tu pas que tout serait remis en question, tout : votre grâce qui m’est promise ; le bonheur de Bernard, celui de Thérèse… Non, Sanplan… Et enfin…

— Enfin ?

— Pourquoi me faire mourir deux fois ? Mon sacrifice étant fait, je me sens déjà dans la mort ; je suis mort à ce monde. Je ne retrouverais pas une seconde fois les viatiques que j’emporte.

Il respira la rose qu’il avait à la main.

— Décidément, non ! dit-il avec netteté.

Sanplan comprit que la résolution du mourant était irrévocable.