— La demoiselle, insinua Pablo, était sans doute, l’autre jour, au marché, quand j’ai prêché ma pacifique croisade ? Ne m’a-t-elle pas accompagné au couvent ?

— Mais si, bon père, murmura la fillette.

— Castagne, mon ami, déclara tout à coup Pablo, je ne peux vraiment pas lâcher, en ce moment, la queue du poêlon ; courez vite prendre, dans un des paniers de mon âne, tout au fond, un flacon de vieille aïguarden, le plus précieux de tous les flacons, et que je vous offre. Quelques gouttes encore de cet élixir dans mon civet sont indispensables, croyez-moi, au parfait contentement de ceux qui le mangeront.

C’était là une injonction qui ne souffrait pas d’être discutée. Castagne disparut.

— Deux mots, et vite, mademoiselle, dit avec gravité Pablo. Assurément, je ne trahis pas le secret de la confession en vous répétant que Gaspard vous aime, car ses yeux ont dû vous le dire ; ce beau jeune homme ne sera pas roué vif si vous ne voulez pas qu’il le soit !

— Parlez vite, bon père !…

— J’ai eu une vision, déclara le moine. Sainte Roseline m’est apparue et elle m’a dit : « Je veux délivrer ce beau prisonnier dont le malheur injuste a troublé mon cœur… Procure-lui une lime ! »

— Je lui en porterai une, dit Louisette, puisque c’est la volonté de la sainte. Mais… Chut ! voici mon père !

Castagne avait bu une gorgée à même le flacon, sous le nez de l’âne ; il tendit la bouteille au moine.

— Elle est fameuse ! fit-il.