— Elle est à vous ! dit Pablo. Dieu aime les bons geôliers qui sont doux aux bons captifs.
Louisette prépara le service des grands jours, nappe sur la table.
Nos gens s’attablèrent. Pablo récita le Benedicite.
— Je ne l’oublie jamais, fit-il ; ce sont les grâces que souvent j’oublie, c’est-à-dire la reconnaissance… Ah ! pauvres pécheurs que nous sommes tous !
Il mit sur un plat une bonne part de son lièvre, et pria mademoiselle Louisette de la porter au prisonnier, avec la permission de Dieu et celle de son respectable père.
— Et n’oublions pas de joindre au lièvre une de nos bouteilles.
Louisette obéit volontiers. Elle descendit vivement, et ne dit à Gaspard que quatre mots bien simples : « Vous aurez la lime. » Gaspard leva sa main droite qui soulevait sa triste chaîne, et il envoya à la belle enfant, qui en fut toute émue, un baiser silencieux.
Elle revint se mettre à table, la quittant de temps à autre pour servir les deux hommes ; mais la conversation languissait. Castagne, plus qu’à moitié ivre déjà, s’efforçait de ne point trop parler, et il y parvenait mal. Il avait cependant l’habitude de se gêner quelquefois en présence de sa fille. Le moine, lui, était tenté de respecter en elle une conquête du capitaine… Louisette avait entendu dire que les hommes entre eux aiment se raconter, coudes sur table, des histoires que ne doivent pas entendre les filles. Du reste, avec ces deux convives, elle s’ennuyait.
— Père, dit-elle, quand le lièvre fut dévoré, — notre voisine m’attend pour un travail de couture. Nous raccommodons du beau linge pour la femme du procureur.
— Va, dit le geôlier, va ; tu me laisses ce soir en bonne compagnie.