Ayant dit, M. le juge s’en alla, roidi dans sa dignité.

Louisette avait parfaitement compris l’affreuse menace. C’était la torture pour le lendemain matin. Il n’y avait plus à s’interroger ; et, le soir même, elle s’arrangea pour porter l’eau et le pain au malheureux Gaspard.

Il y eut d’abord, entre elle et lui, un moment d’attente silencieuse. Il la considérait avec des yeux interrogateurs, mais brillants de plaisir amoureux. Elle le regardait d’un air sur lequel il ne pouvait se méprendre. Elle le trouvait « agradant », beau de jeunesse, touchant de malheur. Quoi ! on gâterait ce beau corps de jouvent ! Est-ce Dieu possible ! Que sainte Roseline nous protège ! j’empêcherai cette abomination… comme le désire la sainte !

— Tenez, dit-elle ; combien vous faut-il de temps pour venir à bout de vos chaînes avec cette bonne lime ?

— Pas très longtemps, si la lime est bonne, car la chaîne a un point faible que j’ai déjà usé moi-même… Votre père est-il là-haut ?

— Oui ; mais si occupé à boire !

— Il a l’oreille fine. Il entendra le grincement de la lime ?

— Non, si vous travaillez le plus silencieusement possible, tandis que moi, devant la porte, je chanterai, comme il m’arrive souvent. Cela couvrira le bruit. Refermez votre porte, dont je vous laisse la clef. La voici ; moi, j’oublierai de tirer les verrous. On ne s’étonnera pas trop de votre fuite, car beaucoup de prisonniers, à ce que dit souvent mon père, s’échappent journellement des prisons de France.

— Et, dit gentiment Gaspard, ne vous arrivera-t-il aucun mal à vous, pour m’avoir été charitable ?

— Oh ! dit-elle, soyez tranquille, je trouverai moyen de tenir caché ce qui doit l’être.