— Merci, madame, fit Gaspard.
Et, ne se nommant pas encore :
— Ma reconnaissance s’accroît, madame, en même temps que vos bontés m’enhardissent. Permettez-moi donc d’espérer aujourd’hui une faveur plus grande que celle que j’ai déjà reçue à Lizerolles.
La dame fit, de la main, un menu geste qui signifiait : « Parlez, j’écoute avec sympathie. »
— Vous voyez aujourd’hui devant vous, madame, non plus un libre partisan qui cherche un refuge contre l’orage…
— Ah ! dit la patricienne, je vous avais donc bien deviné, monsieur Gaspard… Parlez librement.
— Vous avez devant vous, madame, un véritable proscrit, dont la tête est mise à prix ; qui est parvenu à briser les fers dont on l’avait chargé, et que bientôt vont poursuivre et traquer tous les dragons de Sa Majesté et tous les archers, déjà prévenus sans doute, depuis trois jours. Il y a certainement, dans cette demeure, plus d’un pauvre réduit, si obscur soit-il, où, si votre bonté daignait y consentir, je pourrais vivre quelque temps comme un prisonnier, mais avec la consolation de me dire que je dois ce cachot désiré — à la générosité et à la pitié d’une noble dame.
Mme de Lizerolles allait répondre ; mais déjà Gaspard continuait, car il était impatient de faire comprendre à la jeune femme que le bandit Gaspard était aussi, comme le pensait M. de Mirabeau, le partisan Gaspard, jaloux de s’instruire et de bien faire un jour :
— … Et si la discrète prison que je sollicite laisse entrer cependant un rayon du jour, je vous supplierai de m’y faire porter, de temps en temps, un livre qui puisse diriger mon intelligence et m’aider à mieux comprendre ma propre destinée.
— Monsieur Gaspard, répliqua Mme de Lizerolles, c’est, je crois, un devoir d’aider, même et surtout peut-être dans les circonstances où vous êtes, une bonne volonté sincère, comme paraît être, comme est certainement la vôtre… Voulez-vous, je vous prie ?… Le ruban de la sonnette est tout à portée de votre main.