— Ce ne sont là que légers inconvénients parfaitement réparables et que vous aurez vite oubliés, monsieur. Je compléterai mes ordres au valet de chambre. Feu mon mari a laissé une garde-robe renouvelée à la veille de sa mort. Autant que j’en puis juger, vous avez sa même stature ; et vous trouverez tout à l’heure, dans votre chambre, des vêtements à choisir, et qui sortent directement des mains du tailleur.
— Madame, dit Gaspard, un pauvre soldat de fortune et un illettré comme moi ne peut que s’étonner, avec admiration, de rencontrer, sans y avoir aucun droit, chez une haute dame telle que vous, la grâce hospitalière que le fabuliste rencontra chez Mme de la Sablière. Jamais je ne me serais permis d’implorer toutes les charités que vous voulez bien m’annoncer.
— Vos répliques sont loin d’accuser un illettré, monsieur Gaspard ; et la qualité de votre remerciement vous rend digne de toutes les bienveillances.
Et, désignant une porte :
— Voici l’entrée de la bibliothèque. Vous voudrez bien y attendre, en jetant un coup d’œil sur sa belle ordonnance, qu’on vienne vous désigner le lieu de votre asile, où vous serez, soyez-en certain, en sécurité complète.
Gaspard se leva, salua profondément, et entra dans la bibliothèque.
— Quelle aventure ! pensait la comtesse. Ne dirait-on pas d’un rêve !
Elle s’assit devant la fenêtre et s’abandonna aux suggestions de ce rêve.
Gaspard se promenait, émerveillé, dans la vaste bibliothèque, portant les yeux de tous côtés, marchant sur la pointe des pieds comme un dévot dans une église, quand le valet de chambre vint le chercher.
Le cabinet qui devenait son logis était une assez grande pièce. Un lit sculpté ; de hautes tentures ; une psyché démesurée. Une large fenêtre donnant sur le parc.