Une demi-heure plus tard, resté seul, il se contemplait, non sans complaisance, dans la psyché qui le rassura sur sa façon de porter soie et dentelle. La métamorphose était complète. Il avait l’air de jouer les Lindor dans une comédie du précieux Marivaux. Sa jeunesse se fit coquette devant le miroir ; il se prit à songer une seconde que, ainsi tourné et ainsi paré, il pourrait fort bien ne pas sembler trop dégoûtant à sa délicieuse hôtesse ; mais il chassa cette idée bien naturelle, comme une impertinence envers celle à qui il ne devait que respectueuse reconnaissance.

Cependant Gaspard, devenu subitement le chevalier de Roquebrune, reconnut que la comtesse, pour lui avoir si délibérément imposé cette qualité, avait dû le juger capable de la soutenir avec vraisemblance.

Le soir, le souper fut cérémonieux et charmant. A peine était-il terminé que la comtesse dit à son hôte, en présence du valet :

— Vous devez être fatigué, monsieur ; et vous pouvez prendre tout de suite un repos nécessaire. Du reste, considérez que vous vous devez aux études projetées, dont vous trouverez la matière dans la bibliothèque. Même, aux jours où cela vous conviendra, vos repas vous seront servis chez vous. Quand il s’agit pour eux d’un séjour prolongé, on doit à ses hôtes la plus entière liberté. Je vous souhaite un bon repos.

Et elle se retira. Il dormit comme un enfant, avec d’agréables songes. Et, le lendemain matin, dès son réveil, Baptistin, attentif, étant accouru, lui dit :

— Madame la comtesse fait dire à monsieur le chevalier que si, avant de commencer ses travaux dans la bibliothèque, il lui plaisait de prendre la distraction de la chasse, sans attendre les heures chaudes, madame la comtesse elle-même l’accompagnerait. Madame la comtesse a pensé que, peut-être, monsieur le chevalier, avant de commencer ses travaux de savant, prendrait volontiers cette distraction.

— Tête-bleu ! s’écria Gaspard, dites à votre maîtresse que ce me sera, en effet, le plus agréable des plaisirs, puisqu’il me sera permis de le prendre en sa très gracieuse compagnie.

— Je vais, dit Baptistin, apporter le costume de chasse de monsieur le chevalier.

— Pour la chasse, dit Gaspard, je reprendrai l’habit que j’ai quitté hier.

— On ne saurait y penser, dit Baptistin ; il s’était déchiré dans les ronces, en plusieurs endroits ; on aurait même pu croire qu’un sanglier avait attaqué et un peu froissé monsieur le chevalier.