— Eh bien, dit-elle, nous ferons ensemble une promenade à cheval, si vous êtes assez bon cavalier pour vous rendre maître de Kalife. Kalife est un cheval syrien que mon mari reçut en présent. Un officier de notre marine royale l’avait lui-même reçu en cadeau d’un cheik d’Arabie, qui lui avait quelque reconnaissance. Ce cheval, inactif depuis des mois, refuse tout cavalier. Il est menaçant et fut toujours dangereux. Il ne tolère que la visite d’un seul être, ma petite épagneule Mirza, avec laquelle il s’est étrangement lié d’amitié. Demandez au valet d’écurie de vous conduire auprès de Kalife, et tâchez de vous entendre avec ce seigneur du désert. Mais ne vous hâtez pas de lui confier votre existence. Sachez qu’on est même plus en sûreté sur ses reins qu’à ses côtés. Il a le regard malin et la ruade fort adroite… Vous me ferez un vif plaisir si vous parvenez à me le rendre maniable…

CHAPITRE VII

Le chevalier Gaspard reçoit, à Lizerolles, un présent digne du sultan Saladin. Réveillé d’un beau rêve par les sourdes menaces de sa petite armée, il se voit forcé de reprendre la vie active du partisan.

Le même jour, Gaspard, ayant interrogé le palefrenier, apprit que Mirza visitait Kalife, chaque jour, à des heures fixes.

— A quelle heure ? demanda-t-il.

— Dès que sonne la cloche des repas.

— C’est bien, dit Gaspard. Quand vous me verrez me diriger vers les écuries, ne me suivez sous aucun prétexte.

Les jours suivants il se mit en observation, aux heures dites, et vit Mirza s’en aller vers l’écurie, après avoir volé, non sans un regard de méfiance autour d’elle, une pomme dans des corbeilles, sous un hangar.

Un matin, Gaspard se fit apporter la petite chienne ; et, l’ayant mise sous son bras, il entra avec elle, et les poches bourrées de pommes, dans l’écurie. Kalife, à son entrée, donna tous les signes d’une agitation menaçante ; mais Mirza ayant jeté un petit jappement, le cheval s’immobilisa ; et, tournant la tête vers Gaspard, le regarda d’un œil inquiet. Gaspard, alors, lui présentant la mignonne chienne d’une main, de l’autre lui tendit une pomme. Kalife flaira affectueusement la chienne et prit la pomme. Ayant continué en secret ce manège pendant quelques jours, Gaspard demanda que Kalife lui fût amené devant le perron du château.

Mme de Lizerolles, prévenue, était à sa fenêtre.