— Vive Gaspard de Besse !

Les mutins étaient maintenant les plus ardents à soutenir que Tornade n’était qu’un sot. La plupart d’entre eux se sentaient libérés d’une tyrannie, et déjà s’étonnaient d’avoir pu la subir un moment.

— Mes amis, dit Gaspard, Tornade est allé où il vous aurait conduits. Vous êtes tous témoins que j’ai laissé ce fou pleinement libre d’agir seul, comme il l’entendait. Réfléchissez bien que, pour vivre libre, il faut apprendre à se servir de la liberté.

Les amis de Gaspard le félicitèrent.

— Capitaine, dit Jean Lecor, vous avez une façon à vous de manier l’apologue ! Celui-ci vaut la fable des Membres et de l’Estomac.

— Et le capitaine est mon élève, dit glorieusement Sanplan.

— Mïus et Gustin, avancez ! commanda Gaspard.

Et quand les deux traîtres furent devant lui, avec une mine à la fois déconfite et insolente :

— Mes garçons, leur dit Gaspard, allez retrouver Morillon ; et dites-lui que vous ne faites plus partie de ma troupe. Vous y seriez trop malheureux en l’absence de Tornade, laquelle menace d’être éternelle.

C’était un ordre. Les deux acolytes disparurent.