— Benedicat te, Deus omnipotens ! officia Pablo.
— Quel idiot, ce Tornade ! murmurait Bernard.
— On va rire, disaient les archers.
Gaspard tenait toujours la bride dans sa main immobile.
— Largue l’écoute ! commanda Sanplan.
Gaspard ouvrit la main. Tornade, nerveux, essaya d’envelopper avec ses jambes le ventre de Kalife ; en même temps, au lieu de rendre la main, il prit appui sur la bride. Les deux ordres, contraires et violents, firent comprendre à Kalife qu’il n’avait pas sur l’échine une intelligence mais une autre sorte de bête. Il bondit. Tornade s’accrocha à la crinière.
La politique était oubliée. La bande entière n’avait plus sous les yeux qu’un spectacle de cirque. Qui serait vainqueur, de l’homme ou de l’animal ? Les plus féroces par nature, étant les amis de Tornade, c’était eux justement qui souhaitaient sa chute avec une sorte d’avidité.
Au bord du plateau, et non loin, commençait la pente abrupte aux flancs de laquelle pas une ronce ne poussait dans les pierrailles concassées, comme ruisselantes. Le plateau, çà et là, se hérissait de troncs de pins noircis, calcinés naguère par l’incendie.
Sur ce sol semé d’embûches, le cheval, au galop, bondissait à tout instant pour franchir quelque obstacle, un roc éboulé, un pin entier couché en travers de sa course folle. On vit Tornade, tout à coup projeté en l’air, retomber à califourchon sur l’encolure du cheval qui, relevant la tête aussitôt, d’un mouvement brusque, renvoya son cavalier sur la selle. « Bravo, Tornade ! » Ses amis feignaient de croire à un tour d’acrobate. Arrivé à l’extrémité du plateau, le cheval syrien fit un écart soudain, puis se cabra, puis rua ; et son cavalier, lancé sur la pente, roulant sur lui-même, la descendit dans une formidable avalanche de pierrailles, et disparut au fond du Destéou. Alors, le cheval sauvage, tête haute, queue haute, comme fier d’un exploit, revint se placer sous la main de Gaspard.
Le cri de la troupe résonna dans les formidables échos des gorges d’Ollioules, comme un tonnerre cent fois répété :