— Pas encore, répliqua Gaspard avec calme. Vois-tu, nous sommes tous égaux avant de nous mesurer, comme le sont les targaïrés (joûteurs) avant la lutte ; mais, après, on est bien forcé de se reconnaître différents par le mérite.
Sanplan, ayant entendu ces mots, fredonna l’antique chant populaire :
Qu’a gagna la targo ?
Lou patroun Vincèn,
Qu’émé sa lancetto
N’a fa toumbar cent !
On était arrivé sur le plateau.
Gaspard détacha son cheval, qui hennit de joie à son approche.
Gaspard le prit par la bride et le caressa ; puis il présenta lui-même l’étrier au pied ferré de Tornade qui s’enleva gauchement, le poing dans la crinière. Gaspard flatta, une fois encore, l’encolure de la noble bête, en lui parlant avec douceur.
— Tiens bon, Tornade ! cria-t-on de toutes parts.