— « Ce grand travail sans doute sera long, parce qu’il faut qu’un même mouvement se propage dans un corps immense… qu’un peuple puissant et juste paraisse… La terre attend un peuple législateur ; elle le désire, elle l’appelle… et mon cœur l’entend !… Encore un jour, une réflexion, — et un mouvement immense va naître ; un siècle nouveau va s’ouvrir ! siècle d’étonnement pour le vulgaire, de surprise et d’effroi pour les tyrans, d’affranchissement pour un grand peuple, et d’espérance pour toute la terre !… »

— Diable ! mais, si je comprends bien, dans ce siècle-là, dit Pablo le sceptique, il n’y aura plus de bandits ?

— Rassurez-vous ! Il y en aura toujours, dit Gaspard, mais ceux-là seront, dans un temps pareil, sans excuse, et aussitôt mis hors d’état de nuire ; il en existera ; et il y aura encore des essais de guerres, mais qui, aussitôt que tentées par une nation retardataire, barbare, rebelle à la vraie justice, seront étouffées par les peuples alliés.


Il se fit un grand silence, entre ces pauvres brigands, traversés d’un grand rêve…


Gaspard, le premier, rompit ce silence.

— C’est peu croyable, mais c’est beau, dit-il… L’enthousiasme de ce savant homme vient, pour un moment de passer en nous, mes amis. Nous avons compris avec son intelligence et senti avec son cœur.

— Et qu’on vienne à présent me dire, fit Sanplan, que le peuple n’entend rien aux belles pensées !

— Je ne peux m’empêcher, en effet, reprit Gaspard, de trouver bien sots les princes de la terre, les puissants du monde, qui s’imaginent que le peuple ne pense pas, parce qu’il est muet. Le peuple a l’air de ne point penser, parce qu’il ne sait pas s’exprimer avec des mots savants, des mots de livres, mais sa pensée s’agite dans son cœur ; — et quand il la reconnaît dans la parole des grands hommes, il comprend qu’elle est juste et il sent se délier sa langue… Or çà, je vois que l’ami Pablo donne des signes d’impatience. N’oublions pas qu’il a un miracle à nous conter et qu’il brûle de faire briller son éloquence à nos yeux.