— C’est ce que j’ai toujours pensé, déclara Sanplan. Il n’y a d’honnête que de se défendre contre l’injustice.

— Ce Volney, poursuivit Gaspard, annonce que les peuples, enfin éclairés, en arriveront sûrement, un jour, à refuser l’obéissance aux princes de rapine et de meurtre, car rien n’est plus sot, de la part des peuples, que de consentir à faire leur propre malheur. On accuse Dieu des souffrances du monde ? Accusons-nous plutôt nous-mêmes de nos malheurs ! « Un peuple, dit Volney, s’affranchira bientôt. » Ce Volney voulait-il, lorsqu’il publia son petit livre, parler de la France ? Je ne sais.

— Et alors ?

— Je lis, continua Gaspard : « Il existera sur la terre de grands individus… »

— De grands hommes, veut-il dire ?

— Mais non.

— Comment ? Qu’est-ce, en ce cas, ces grands individus ?

— Il appelle ainsi des nations unies au point de former comme un seul corps : « Il existera, dit-il, des corps de nations éclairées et libres… Il arrivera à l’espèce ce qui arrive à ses éléments ; la communication des lumières d’une portion s’étendra de proche en proche et gagnera le tout. Par la loi d’imitation, l’exemple d’un premier peuple sera suivi par les autres ; ils adopteront son esprit, ses lois. Les despotes même, voyant qu’ils ne peuvent plus maintenir leur pouvoir, sans la justice et la bienfaisance, adouciront leur régime par besoin, par rivalité ; et la civilisation deviendra générale. Et il s’établira, de peuple à peuple, un équilibre de forces qui, les contenant tous dans le respect de leurs droits réciproques, fera cesser leurs barbares usages de guerre, et soumettre à des voies civiles le jugement de leurs contestations ; et l’espèce entière deviendra une grande société… jouissant de toute la félicité… dont la nature humaine est capable. »

— Hum ! dit Sanplan, nous ne verrons pas ça demain !

Gaspard reprit sa lecture :