— Oui, j’ai vu, hier au soir, en bas, pendant que nous mangions la soupe, un homme qui nous regardait en riant, et non d’un mauvais air !

— Ah ! nous aurons mangé d’une herbe !

— Il faut encore — tant pis — repiquer à la porte !…

— Attends, j’y vais… attends un peu…

Et, de peur de fâcher trop l’aubergiste, c’est tout discrètement, cette fois, que les stablazaïres inquiets frappent à la porte : toc, toc, toc !

Et, appliquant la bouche au trou de la serrure, de sa plus douce voix, l’un d’eux :

— Maître Trotebas !… O maître Trotebas ! Ouvrez-nous un peu, qu’il doit être jour, cette fois !… Nous avez-vous oubliés, ô maître Trotebas !

Il les entend, pardieu, le bonhomme aux aguets ! Le compère se tient de rire ! Et, cette fois, il ouvre, dans le corridor, la porte de sa chambre en face de la leur ; et, dans sa chambre, il a ouvert la fenêtre par où se peut voir une bonne lune bien pleine et ronde comme un fond de chaudron luisant, tout de neuf étamé.

L’aubergiste, encore en chemise, et sa lanterne au poing, apparaît aux deux stablazaïres :

— Eh bien, les amis ? à la bonne heure, cette fois ! voilà qui est parler sans trop de bruit ! en gens honnêtes ! mais que ne dormez-vous, que diable ! jamais je ne vis gens si éveillés ! avez-vous la fièvre et que vous faut-il ? L’essentiel ne vous manque pas dans la chambre que vous avez !