— Il faut que tu me sauves… Je ne peux plus rester au pays ; ce n’est plus possible ! Que deviendrais-je dans quelque temps ?… Je suis perdue… Quand j’ai compris cela, je me suis sauvée… j’ai laissé une lettre à mon père… — Comprends-tu ?… tu ne comprends pas ?… Si, tu me comprends !
Elle releva ses yeux bleus, les planta droit dans ceux de Jacques avec une expression neutre où il ne vit que la profondeur confuse d’une âme qui se voile. Cette pudeur du regard cachant le fond de leur secret, lui fit brusquement tout comprendre…
— Oh ! Yvonne !
Yvonne se sentait devenir mère… et voilà ce que Jacques avait compris…
Elle cacha sa tête dans la poitrine du bien-aimé et pleura longtemps. Il but ses larmes, se mit à genoux devant elle, lui demanda pardon mille fois en sanglotant, et lui annonça qu’avant un mois elle serait sa femme.
Il parlait dévotement, à genoux devant elle… Avec sa robe sombre au grand tablier noir, elle avait l’air, oui, d’une sœur de charité.
De sa main très fine, diaphane comme son visage, elle caressait lentement les beaux cheveux noirs, courts mais épais, du bien-aimé de son âme. Et lui, tout à coup, pris de ferveur, saisit les deux pieds adorés dans ses deux mains, et avec un respect d’époux jeune, fort, — joyeux au fond et fier, — il les baisa éperdument.
IX
Yvonne était donc arrivée chez Kardec en son absence. A la loueuse du garni, elle avait dit simplement :
— Je suis sa sœur ; il faudra deux chambres.