Mais désir n’est pas volonté. La volonté qui n’agit point, mes frères, n’est qu’un mot, comme tous les mots : du son, du bruit, du vent : rien !

XI

— Bonsoir, Antoine, et ta statue ?… Tu as une statue en train ?

— Merveilleuse, ami, merveilleuse.

— Et le sujet, peut-on savoir ?

— Oh ! bien simple : un coureur tout nu ; mais si lancé qu’on croit qu’il gagnera le prix de la course. Il est seul parce que — on le devine — il a laissé les autres coureurs bien loin derrière lui, là-bas, tout là-bas, perdus dans la poussière soulevée !… Et tout cela dans ma statue, doit se voir écrit comme dans un livre, ou comme dans un tableau… La foule applaudit. On l’acclame, tant il court bien, mon coureur ! Sa main, tendue, déjà, en rêve, saisit la palme ! la palme glorieuse, la palme ! — Les filles agitent les mouchoirs ! Elles l’aiment. Il est si beau ! Chaque muscle sera en place, comme copié sur nature, bien que nul modèle ne puisse, immobile, me donner le mouvement d’un coureur si violemment lancé, de tout son être, en avant, vers la victoire !…

XII

Et tous, nous écoutions le camarade nous dépeindre son œuvre excellent.

Un maître, ce frère Antoine ! un grand sculpteur, plus grand que Michel-Ange, puisqu’il commence à peine et que, déjà, il a son chef-d’œuvre !

XIII