—Vous partez demain? fit-il en se retirant. Soyez assez bon pour penser un peu à la grosse affaire qui tourmente mon père; je vous en prie, monsieur...

—Oui, oui, à sa section qui veut devenir commune? J'y songerai, soyez tranquille.

—Et me sera-t-il permis madame, de venir dans quelques jours demander de vos nouvelles?

—Certainement, dit Marcant.

Il prononçait là,—peut-être, le mot qui décidait de sa destinée, de celle d'Elise. Chose surprenante, il le prononça, ce mot décisif, sans même s'être intérieurement interrogé,—pas une seule seconde,—sur la réponse qu'il devait faire à cette demande, d'ailleurs adressée à Elise. Qu'il eût répondu, lui, au lieu d'elle, cela pourtant signifiait qu'il aurait pu s'opposer, que la demande n'était pas simple, qu'elle était peut-être indiscrète. Mais aucune de ces réflexions ne traversa son esprit tout occupé des mille incidents de la journée. C'est son habitude d'être le maître qui avait répondu pour lui mécaniquement... D'ailleurs, il était plein de confiance, lui, jadis ombrageux. Ce jeune homme lui plaisait. On n'était plus dans «le monde», dans la vie réelle. Tout ça, c'était «des braves gens». La réalité humaine était pour lui transfigurée, depuis deux jours, par la beauté du décor. Il voyait tout en clair, en lumineux, en bleu, en rose, en beau. Et puis, après huit ans de mariage, ses premières défenses contre l'ennemi s'étaient endormies enfin. Il avait, en Elise, depuis des années, une de ces confiances absolues qui n'ont plus peur de rien. Les occasions ne l'effrayaient plus pour elle... il n'y pensait même pas. C'est bien pourquoi il répondit, sans songer: «Certainement!»

—Certainement, avait dit Marcant. Ce serait à moi d'aller demander de vos nouvelles, mais il faudra m'excuser... Je vais être absent quelques jours.

—Quand partez-vous?

—Après-demain.

—Adieu, mon petit homme!

Georges avait veillé par faveur grande. Il s'endormait tout debout, sa main dans la main de sa mère.