Le cœur du pauvre Pierre fit un bond douloureux dans sa poitrine. Une angoisse l'étreignit tout entier. En même temps, il sentit que sa bouche riait en silence... Et il s'aperçut, un quart d'heure après, qu'il avait suivi l'homme avec d'infinies précautions.

Il était trois heures du matin. L'inconnu entra tout à coup dans un hôtel dont toutes les fenêtres étaient éclairées.

—Il est de mon cercle!

Pierre entrait au cercle, cinq minutes après son homme, interrogeait un valet dont il avait les bonnes grâces.

Et maintenant (sauf erreur, car il doutait de ses doutes), il savait tout, jusqu'au nom! Il n'ignorait qu'une chose, c'est qu'il avait supplanté un rival qu'on était en train de congédier.

Et c'est alors qu'il la quitta, sans la revoir, en lui disant pour toute excuse:

—Que voulez-vous? Je ne suis pas capable d'aimer longtemps! Plaignez-moi, pauvre fils du siècle que je suis!

Et sa maîtresse exaspérée le regrettait sincèrement, le pleurait et l'appelait. Lui, cherchait à se guérir d'elle... Il savait qu'il parviendrait et que ses dernières exaltations amoureuses étaient en lui les sursauts d'agonie de sa violente passion, frappée à mort...


Ayant repassé tous ces souvenirs et souffert à nouveau toute cette rage, Pierre avait retrouvé en lui un vide immense.