La grand'mère, interrogée, refusa vivement de vendre les assiettes.

La mère, arrivant là-dessus, s'indigna même qu'on lui offrît de les acheter.

—Songez un peu!... j'ai toujours regretté, mère, d'avoir vendu les petites chemisettes, les layettes de mes enfants... C'est des choses qu'on doit garder!

Les Marcant en voyaient assez pour être édifiés sur cette famille. Ces gens étaient parmi les derniers qui restent fidèles aux souvenirs du passé. Le père était mort, et le fils (chose assez rare parmi les Provençaux, qui sont très Sarrasins) vénérait les deux femmes. Même la mère le commandait. Il s'en trouvait bien.

On causa: ils s'apprivoisèrent. François offrit le verre de vin cuit traditionnel, et, pendant que Georges y goûtait, Elise laissait manier, par la grand'mère ravie, l'étoffe de son manteau pourtant très simple, et la dentelle qui dépassait le bas de sa robe.

Cela fut cause que la vieille se mit à conter une naïve histoire, que Marcant écouta avec ravissement.

—Quelle jolie histoire simple! disait-il en s'en allant. J'aime mieux emporter ça qu'une de leurs vieilles assiettes! Et cette histoire signifie qu'on peut souhaiter hardiment à la brave petite Saulnier d'entrer dans la famille des Tarin... Ce sont de braves gens, ceux qui content à leurs enfants, heureux de les entendre, des riens aussi touchants! Vraiment, il aurait fallu écrire les paroles de la grand'mère telles qu'elle les a prononcées.

X

HISTOIRE DE DEUX JUPONS BLANCS

Moi, des jupons blancs, avait dit la vieille, j'en ai eu deux. Ma mère m'avait donné le premier et un petit berger me donna l'autre.