—J'ai de l'argent à te remettre, Madelon.
—De l'argent! à moi! et de quelle part?
Je me mis à rire, n'y croyant pas.
—Le petit berger, Madelon, m'a remis cinq francs pour toi. Il dit que tu l'as sauvé; que tu es une brave et gente fille; qu'il n'a pas osé te remettre cet argent lui-même, et qu'il aurait voulu avoir plus, mais le bon cœur, dit-il, avec lequel il te donne ça, qui est peu de chose, remplace la plus grosse somme!
Ma foi, je le pris, l'argent du pâtre, et bien contente je m'en fus.
Et avec cet argent j'eus envie, quelque temps après, d'acheter un jupon blanc. Dame! à cet âge, les fillettes ont envie d'un peu de «bellure»! Voir les autres bien arrangées, cela donne jalousie!...
Je parlai à ma tante de mon envie.
—Eh oui! dit-elle, va, achète-le!...
Je fis la folie! Il me coûta quatre francs et demi. Les dix sous me restèrent pour ma poche.
Mes deux jupons blancs, je ne les ai plus. Mes filles les ont portés; puis, plus tard, en ont fait des chemisettes, des «facetons» pour leurs petites.