—Bah! ici!... Autant dire à l'étranger! au bout du monde! Qui le saura?... Votre mari permettrait, j'en suis sûr. C'est si simple.

Il ne songeait qu'à lui-même avec la légèreté du désir... Il ne songeait qu'à la joie qu'il aurait à recevoir à son bord, pour tout un long après-midi, cette jeune et jolie amie...

Hélas! son scepticisme murmurait tout bas en dessous: «Elle sait mieux que moi ce qu'elle a à faire!... Si elle consent, eh bien, c'est que tout est possible... A Dieu vat!...»

—Je vais écrire à mon mari, lui dire que je pars pour cette promenade...

Elle était très tentée. Le temps était délicieux. L'idée du golfe tout entier, mer, ciel et terre, empli de l'odeur des orangers l'enivrait par avance. Elle avait entendu parler de ces calmes soirées où toute cette contrée, comme les rives d'Espagne, embaume, enveloppée d'une senteur qui est comme le rêve nuptial de la terre, du ciel et de l'eau.

—Bah! vous écrirez à bord!... Le youyou est là... Si vous me mettez en retard, je ne peux plus répondre du retour avant la nuit!...

Il est parfois impossible à ceux-là mêmes qui se sont laissés prendre au charme de la faute, de comprendre comment, en eux, s'effacèrent, au moment décisif, les fortes objections de la sagesse.

Et pourtant, si la puissance des circonstances, de leur désir, de leur caprice, n'avait pas, durant le temps nécessaire, réduit à néant tous les obstacles, il y aurait de par le monde plus de regrets que de remords.

Elise appela Georges, lui expliqua ce qu'on allait faire. Contre toute attente, l'enfant voulut rester.

—... Je vais te dire, maman... L'autre jour, à bord du bateau, eh bien, j'ai eu un peu mal au cœur... et la mer était bien plus belle qu'aujourd'hui!