Extasiée, émue d'un bonheur physique, vaste et profond comme tout le ciel et toute l'eau, elle eut peur de sa joie, la sentit trop forte, toute-puissante, comprit qu'elle n'avait plus rien à faire là, qu'elle avait goûté en cette minute tout le charme promis et permis.
—Et maintenant, vite, partons! dit-elle.
Il ne chercha pas à la retenir.
—Armez le youyou! commanda-t-il.
Et ils allèrent vers le rivage, dans la petite embarcation du bord.
Ils n'étaient pas loin de la terre quand le train passa à grand tapage, soufflant sa fumée noire, sifflant comme l'ironie.
Elise fut consternée.
—Pourquoi s'affliger? dit Pierre. Retournons tout de suite à bord. A la nuit, vous serez chez vous.
Elle se taisait, fâchée, déconcertée, incertaine, embrouillant toujours davantage les idées, les sensations et les sentiments, à mesure qu'elle cherchait à les reconnaître en elle.
—L'enfant n'est pas seul, insistait Pierre, répondant aux préoccupations douloureuses qu'il devinait. La vieille servante le soignera bien, c'est un retard, un simple retard! Que voulez-vous faire?... Attendre ici un autre départ?... Mais ce serait quatre heures de perdues!