—Oui, car tout est dans la façon dont le partage sera fait, l'unique propriété territoriale de la commune étant tout entière sur le territoire de la section séparatiste.
—Heu! c'est tout à fait le cas d'une commune dont je viens d'examiner le dossier, répondait Marcant... La commune de La Garde-près-Toulon est composée de deux sections... Il y a bien vingt-cinq ans que la section du Pradet postule pour être érigée en commune. Elle finira par y réussir, sans doute, mais dans les conditions que j'ai dites. Ce sont des questions, je vous le répète, qui ne vont jamais sans difficultés. Un riche armateur de Marseille, M. Dauphin, s'est rendu acquéreur, dans la commune de La Garde, section du Pradet, d'une propriété sise au bord de la mer,—et depuis plus de trois ans, intéressé aux affaires de sa section, il m'accable de notes, de rapports et d'explications. Je la connais, votre question! La section du Pradet propose une soulte. Et votre section B?
—Ma section B offre une soulte, également.
—Mais la section A n'en voudra pas, si les avantages du bien territorial commun—droit par exemple pour les habitants pauvres de ramasser du bois mort—ne peuvent, à ses yeux, ce que je conçois, être remplacés par aucune somme une fois donnée?
—C'est bien cela. Ma section A refuse la soulte, affirma le député.
—Voyez-vous!... C'est point par point l'affaire que je viens d'examiner, répondit Marcant. Je conclus dans mon rapport au partage équitable du bien territorial commun,—à condition, toujours, que le budget de la commune séparatiste soit suffisant...
Elle entendait tout cela, et, sur le même inépuisable sujet, bien d'autres choses encore. C'était là les ordinaires conversations de Denis avec les uns, avec les autres. Elle voyait la vie à travers une poussière de dossiers remués. Doucement elle regarda son petit Georges, et comme il avait fermé les yeux, tout blotti dans le pan de son manteau ramené contre elle, elle s'endormit à son tour, paisiblement.
IV
Elise!... et cependant on dit qu'il faut mourir!
L'oiseau mystérieux qui, en son cœur, avait tenté de soulever ses ailes lorsqu'elle avait seize ans, les avait reployées pour ne plus les rouvrir jamais. Elle avait cru épouser le jeune homme qui lui avait donné cette émotion première. Elle en avait épousé, en réalité, un autre. Le Denis de vingt-sept ans n'était plus le Denis de la vingtième année. Il avait la même probité, il est vrai. Socialement, moralement même, il valait mieux sans doute, mais il avait perdu, au regard physique de l'amour, cet inexprimable attrait que la nature prête aux êtres vraiment jeunes, en des heures diverses, et qu'elle retire quand elle veut. Celui qu'Elise avait aimé était un adolescent que n'étaient pas parvenues à déprimer complètement huit ou neuf années d'internat universitaire. Celui qu'elle avait épousé était un jeune homme que cinq ans de ministère «pris au grand sérieux» avaient voûté et vieilli, assagi peut-être, mais beaucoup trop, et bien avant l'âge.