Marcant entra, monta le plus vite qu'il put, alluma d'abord des lampes pour que l'enfant, tout de suite au réveil, fût rassuré; puis il monta sur la terrasse par l'escalier où brûlaient maintenant tous les becs de gaz.

Georges, harassé, dormait à terre, à moitié vêtu, sa petite joue appuyée sur ses mains posées l'une sur l'autre.

Le père le prit dans ses bras. L'enfant ne se réveilla pas, il sentait doucement, à travers le somme, qu'il était pris ainsi pour être protégé. Il se détendit, s'étira un peu, avec un grognement gentil qui voulait dire: «Je sais, je sais, c'est toi... merci, mon papa... je t'aime bien...»

Marcant le déshabilla, le mit dans son petit lit, le couvrit soigneusement, le borda, porta la lampe dans la chambre de la mère et revint attendre dans l'ombre—près du petit, dont il surveillait à tout instant la respiration—la suite de sa destinée.

Il était là, assis dans un fauteuil, les bras affaissés, les mains ouvertes sur ses genoux, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, fixés obstinément sur une pensée, sur une image unique.

Il attendit ainsi leur retour.

XXIV

La lueur du jour parut aux fentes du volet qui, lentement, devinrent des raies de feu, dans le noir.

Alors il se leva, éteignit la lampe, constata que Georges dormait profondément, mit en évidence, tout près du petit lit, son chapeau, sa canne, son pardessus, pour que l'enfant, s'il s'éveillait un instant, fût rassuré tout de suite de sa présence, laissa ouverte la porte qui donnait sur l'escalier par où il monta au mirador, sa lorgnette à la main...

Tête nue, dans l'air du matin, il était là sur cette terrasse, l'oreille au guet vers l'escalier, par où pouvait monter un cri de l'enfant, l'œil tendu vers l'horizon où, à toute minute, il s'attendait à voir paraître le yacht maudit.