—Oui, dit Georges, quand elle reviendra. Soyez tranquille, je m'en souviendrai!

Elle les accompagna dehors et là:

—Pardonnez-moi, monsieur Marcant, dit-elle, d'avoir parlé devant vous. Mais il fallait que ça se dise, et puis, je sais que vous avez rendu visite à la maison de mon fiancé et que les gens vous ont plu, et que mon mariage vous convient; et de vous voir là, ça m'a fait courage.

Marcant s'en alla, tenant la petite main de son enfant et la serrant parfois d'une pression convulsive. Il songeait, songeait.

XXVI

Marcant songeait, en entraînant son Georges sur la chaussée de sable et de cailloux que venait éclabousser la mer, au soir tombant.

Devant lui, là-bas, sur la même route en talus, sans se retourner, marchait Cauvin. Marcant et Georges le suivaient du regard.

Il y avait derrière eux—au-dessus de la découpure noire des collines—du rouge triste dans le ciel, et cette pourpre teignait par instant la mer, çà et là, d'un reflet de sang.

La mer était à leur droite et elle gémissait. A leur gauche s'étendait la plaine, dans laquelle les étangs étincelaient au loin, bordés d'arbres noircissants.

Tout s'attristait des adieux du jour. On entendait parfois un appel prolongé, lointain et qui semblait s'éloigner encore, un cri d'homme ou d'enfant, un aboiement de chien, un grincement d'essieu. Devant eux, un peu à gauche, tout le haut profil lointain des Maures Grises, Fréjus et son vieux clocher. Devant eux, un peu à droite, l'église neuve, blanche, du Saint-Raphaël des villas, se dressait auprès du petit port, et le mât d'un grand bateau marchand portait sa flamme tricolore presque à la hauteur des dômes.