Ils étaient cinq ou six à haler sur la corde, hommes et femmes. Pour tirer l'issaoùgo, chacun des travailleurs, au bout de la solide bretelle qu'ils portent en sautoir, saisit devant lui une cordelette à laquelle est suspendu un morceau de liège. Ils le font virer, ce liège, comme une pierre de fronde, et la cordelette, qu'ils rapprochent brusquement de la corde tendue sous l'effort de traction, s'y enroule, rapide. Certains alors que le câble ne leur échappera pas, ils s'arc-boutent des pieds dans le sable, pèsent, penchés en arrière de tout leur poids, sur la corde, et à mesure que le filet avance, l'homme du dernier rang vient reprendre place au premier, et toujours ainsi, avec—quelquefois—des han! rythmés, ou des chansons mélancoliques, des berceuses marines.

Georges voulut attendre le poisson. Tout le monde fut déçu. Il n'y avait pas grand'chose pour un si grand effort—mais quelles merveilles de couleurs dans cette poignée de dorades, de rouquiers verts, de sars argentés, rayés de noir, en travers; de girelles, rayées en long d'orange, de bleu, de jaune... Il y avait là un étincellement de rubis, d'émeraudes et de saphirs, d'argent et d'or mobiles. Toute cette matière animée avait des mouvements pareils à ceux de l'élément fluide où elle vit, et tout cela ondulait, scintillait et ruisselait sous des perles encore, sous des diamants d'eau et de soleil.

Les pêcheurs maugréaient. On leur acheta du poisson «la bouille-abaisse».

—On nous le fera cuire à la ferme! cria Georges.

—C'est une bonne idée.

On leur prêta un vieux panier que Georges voulut porter tout seul.

XIII

La Toinette est une ferme importante entre la mer, l'Argens et le Petit-Argens.

Elise fut tout de suite frappée par la propreté des abords de la ferme, des petits chemins qui y conduisent, de l'emplacement où, devant le seuil, une femme était en train d'éplucher des pommes de terre.

—La fermière de la Toinette, madame, s'il vous plaît?... C'est vous, je pense?