Au regard de Sandri, Maurin, pour sûr, avait tué le vieux Grondard. A n’en pas douter, c’était lui le meurtrier; il devenait nécessaire qu’il le fût: il l’était donc! Cela seul permettrait au Corse, qui ne pouvait devenir criminel et bandit puisqu’il était gendarme, de satisfaire un jour son besoin passionné de vengeance. Cela du moins, pour l’heure, lui donnait la force de supporter son éclatante défaite.
—Ah! mon beau Maurin, disait Margaride en riant comme une folle, ah! que je t’aime! Bon Dieu! comme il avait l’air bête, le gendarme Sandri! Toi, voui, que tu as de l’esprit!
A quelques jours de là, Maurin repassait par le domaine des Agasses. Il venait, après un maître coup de fusil, d’abattre l’aigle.
Il arriva devant la ferme, son fusil sur l’épaule. L’aigle attachée par les pattes se balançait, pendue au canon, derrière son dos. Par la porte ouverte, il vit Secourgeon attablé avec sa femme.
—Bon appétit, Secourgeon, dit-il... je n’accepte pas à déjeuner, pourquoi la Margaride m’attend à l’auberge des Campaux, devant un cuissot de lièvre... j’ai voulu seulement te montrer ton aigle. Regarde-la!
Misé Secourgeon réprima une subite envie de pleurer, car il était clair que si Maurin avait tué l’aigle c’est qu’il avait assez de la femme.
Secourgeon, rageur, ne sut d’abord que répondre.
—Je vais, dit Maurin, en faire un présent pour le musée d’Hyères, au monsieur du musée qui l’empaillera.
Secourgeon gardait le silence.
—Vous boirez bien un verre de vin, pas moins, monsieur Maurin? dit la femme, les yeux pétillants à la fois de douleur et de malice. Pour quant à l’aigle, vous l’avez bien gagnée, depuis que vous la chassiez!