—Un verre de vin, offert par une dame, ça n’est jamais de refus, répliqua le chevaleresque Maurin.

Secourgeon, toujours plus rageant, ne trouvait toujours pas une parole.

La femme emplit le verre. Maurin l’éleva, regardant le soleil à travers la couleur purpurine d’un franc vin de pays:

—On dirait le sang des cœurs!... A la santé des dames! proféra-t-il.

—Que veux-tu dire par là? glapit enfin le fermier, qui se leva, les poings tout faits.

Maurin vida son verre en clignant de l’œil:

—Fameux! dit-il... Et je veux dire par là, ajouta-t-il paisiblement,—car nous savons tous trois que tu es un jaloux,—je veux dire comme ça, Secourgeon, que lorsqu’on croit l’être il faut en devenir sûr avant de le dire à la gendarmerie. Et quand on ne l’est pas, c’est bête de tout faire pour donner à croire qu’on l’est... Adessias. Mon aigle a fini de rôder et ton chien peut dormir tranquille, et la petite bergère Fanfarnette également.

Et comme il s’en allait d’un pas allègre, Fanfarnette, la pastresse, au détour du sentier, assise au milieu de ses chèvres mauresques qui mettaient, dans la verdure des kermès, des taches blanches éparpillées, lui cria, en le regardant d’un air sournois:

—Oh! maître Maurin! je sais pourquoi vous l’avez tuée, l’aigle!

—Et pourquoi, mauvaise chose?