—Je ne suis pas brigadier.

—Lieutenant alors! répliqua Maurin, de plus en plus narquois.

—Ah çà! vous vous f...ichez de moi!

Le gendarme s’était levé: Maurin aussi. La Corsoise, toute pâle, les regardait. Toute la race de cette fille lui revenait aux yeux et dans le cœur. Suspendue aux mouvements des deux hommes, inconsciente et superbe, elle ne savait pas qu’elle attendait le vainqueur pour se donner un maître. Son masque était immobile. Cependant ses narines, ouvertes comme des naseaux, aspiraient l’air avec force, et de temps en temps ses lèvres, imperceptiblement, vibraient, ce qui la rendait beaucoup plus jolie.

Maurin crut sentir que cette fille serait à lui s’il achevait de rendre comique l’attitude de son gendarme. Et à cette espèce de question: «Ah çà! est-ce que vous vous f...ichez de moi?» il répondit, d’un grand sang-froid, en bon français provençal, aussi sonore que du patois corse: «Parfétemein!»

—Injure aux agents de l’autorité en service! proféra le gendarme avec un accent officiel inimitable.

Et baissant le nez, il chercha dans sa sacoche de cuir fauve un papier à procès-verbal.

—En service! cria Maurin, celle-là est forte. A cheval sur une chaise, le gendarme n’est pas en service!

Tout le monde s’était levé, et tandis que le gendarme apprêtait son papier et réquisitionnait un encrier, Maurin sortit, protégé par des groupes complices. Il avait cligné de l’œil: on avait compris que le galégeaïré allait jouer aux représentants de la loi un tour de sa façon.

Les gendarmes ne songeaient d’ailleurs pas à l’empêcher de sortir. Il ne s’agissait pas d’une arrestation. Pour un simple procès-verbal, il leur suffisait d’être sûrs de l’identité de leur homme.