Or, en même temps que Maurin, l’un des assistants, que le fameux braconnier n’avait pas eu l’air de connaître et qui n’avait pas prononcé une parole, avait disparu silencieusement.

C’était un certain Pastouré, dit Parlo-Soulet, c’est-à-dire Parle-Seul, homme de puissante stature, colosse naïf, admirateur de Maurin et son compagnon favori; mais Pastouré jugeait utile de ne pas afficher hors de saison son amitié pour le Roi des Maures, qu’en toute occasion il servait de son mieux.

On ne voyait pas souvent Maurin et Pastouré causer ensemble. Même au fond des solitudes, Pastouré (c’était, comme il le disait, sa nature) adressait rarement la parole à ses compagnons de chasse.

En revanche, lorsqu’il était ou se croyait complètement seul, il bavardait à voix haute avec de grands gestes. Cet homme était l’incarnation du monologue. Quant à ses gestes, ils étaient célèbres. On le voyait parfois, en silhouette sombre sur le bleu du plein ciel, au sommet d’une colline, agiter ses longs bras comme un télégraphe. C’est qu’alors il se désignait à lui-même les chemins stratégiques par où il devait passer pour forcer un sanglier ou retrouver une compagnie de perdreaux.

Pastouré était donc sorti un peu avant Maurin, il avait détaché, toujours en silence, l’un des chevaux des gendarmes; et maintenant Maurin, à ses côtés, détachait l’autre.

Deux secondes plus tard, dans l’encadrement lumineux de la porte ouverte, Maurin des Maures apparut à cheval. Parlo-Soulet, également à cheval, se tenait modestement dans l’ombre. Maurin portait sur l’échine son carnier, quarante livres! et son fusil à deux coups.

—Votre procès-verbal, cria-t-il, vous le ferez maintenant pour quelque chose... Attrapez-moi si vous pouvez!... A ce jeu-là, je vous ferai tomber vos joues de pomme d’api, gendarme Sandri!

Il riait. Le gendarme bondit vers la porte. Maurin tourna bride et disparut. On entendit quelque temps le galop des deux lourdes bêtes.

Elles battaient la route qui longe le torrent au fond de la gorge, entre les hautes collines.

—Comment! il a pris les deux chevaux! criaient les gendarmes.