—Près de l’endroit même où mon père a été tué, fit Célestin, à l’endroit où, je pense, tu étais à l’espère comme un bandit que tu es, pour tirer sur un homme comme sur un sanglier.

Il regardait Maurin fixement avec ses vilains yeux d’une blancheur sanguinolente. Maurin ne sourcilla pas.

—Ah! dit-il, c’est à ça que tu en viens? et voilà la mauvaise mouche qui te pique, méchant mascaré! (noirci).

Il se mit à rire.

—Nos Maures, reprit-il paisiblement, ont quinze ou vingt lieues de large. C’est amusant pour moi de retrouver un bouton de veste sur un si grand territoire... car je ferai la preuve que ce bouton est mien et tu seras forcé de me le rendre,—que j’y tiens beaucoup!

—C’est toi qui as tué l’homme! dit d’une voix sourde et décidée le charbonnier redoutable.

Maurin haussa les épaules et porta son index à son front.

—Tu déménages, Grondard, dit-il d’un ton apitoyé. Voyez-moi un peu ça!... Tu as rencontré un bouton de ma veste dans le bois, et tu prétends en conséquence que j’ai tué l’homme. En voilà, un raisonnement! Si tu avais cherché mieux, tu aurais trouvé par là, pas loin du bouton, je pense, du poil de renard ou de la plume de perdreau. Grâce à Dieu, il n’y a pas un coin des Maures où je n’ai tué quelque chose. Et puis sais-tu depuis combien de temps j’ai perdu mon bouton de cuivre? Depuis l’été passé, collègue!... Ainsi, fiche-moi la paix. Les chiens là-haut, entends-les, sont sur la piste. Je ne veux pas manquer cette lièvre. Allons, fais ta route que tu me gênes; file, que je dis! Laisse-moi libre de ma chasse. Et conserve bien le bouton, qu’il faudra bien, un jour, que tu me le rendes!

Grondard n’entendait pas de cette oreille. Il exécutait un plan. Il secoua la tête. Il voulait exaspérer Maurin, comptant que le chasseur, dans sa colère, laisserait échapper quelque semblant d’aveu. Sandri sans doute n’était pas loin de là.

—Ce n’est pas tout, Maurin, affirma effrontément Célestin changeant ses batteries.