Maurin se retourna vivement.
Un éclair de fureur passa dans ses yeux.
Alessandri, debout à dix pas à peine, la main sur la crosse de son revolver d’ordonnance, regardait Maurin fixement... mais voilà que d’un mouvement instinctif, il se retourna pour voir si son inséparable et réglementaire compagnon le suivait.
Quand ses regards revinrent à la place où devait se trouver Maurin... il ne le vit plus!
Bien avant d’avoir aperçu le gendarme, le braconnier s’était dit qu’il serait peut-être obligé de prendre la fuite, et il avait calculé ses chances et moyens.
Il avait songé tout d’abord à appeler son fidèle compagnon Pastouré posté sur l’autre versant de la colline. Mais appeler son ami Pastouré, c’était le mêler à cette mauvaise affaire. C’était aussi irriter Célestin, faire à coup sûr dégénérer la querelle en combat.
L’apparition du gendarme avait mis fin aux hésitations de Maurin.
Devant lui, il avait le haut versant de la colline couverte de thyms et de bruyères, sillonnée de ravins pierreux, creusés par les eaux de pluie.
C’était sur ce versant qu’il s’attendait, d’un instant à l’autre, d’après la voix des chiens, à voir monter son lièvre.
Derrière lui, s’ouvrait le vide, car le rocher, sur lequel il était debout, était, de ce côté-là, taillé à pic, véritable muraille d’environ quinze pieds d’élévation. Et pour descendre la colline, à moins de sauter de cette hauteur, il devait aller, par des circuits, chercher une pente praticable à un demi-quart de lieue. S’il sautait, ni le gendarme, empêché par ses énormes bottes, ni le géant Grondard, puissant mais lourd et sans souplesse, ne pourraient le suivre à moins de perdre dix minutes à retrouver au loin le sentier. Or, en dix minutes, avec la connaissance qu’il avait des moindres drayes (sentiers) des Maures, le maigre et léger Maurin aurait le temps de gagner au large.