—Si, répéta Maurin, si j’avais pu te faire croire que c’est moi qui ai tué ton père, je te l’aurais fait croire, mais ce n’est pas moi!

Et Maurin se mit à rire tranquillement.

Il reprit:

—Pourquoi aurais-je tué la Besti? Le service de la gendarmerie est trop bien fait dans nos montagnes des Maures pour que j’aie besoin de m’en mêler... Donc, je n’ai pas fait la chose honorable dont on m’accuse.

«... Tout le pays me connaît et l’on m’aime un peu, que je crois. Les préfets et les députés sont mes amis, et quand ils veulent assister à une battue au sanglier un peu propre, ils s’adressent à moi et ils y trouvent leur plaisir. Vingt villes et bourgades du département suivent mes conseils au temps des élections. Ce n’est pas une petite affaire, crois-le, gendarme, que de se tromper à mon préjudice... Et puis, qui donc m’accuse? Celui-ci! un homme dont tu connais toi-même la mauvaise réputation, soit dit sans l’insulter. Quant à sa sœur, elle ment. Elle convient, du reste, qu’elle n’a pas vu l’homme qui l’a attaquée; personne, je parie, ne l’a attaquée; en tous cas elle ne m’a pas vu, et j’aurais cent témoins pour dire qu’elle a plus d’une fois inventé contre d’autres des accusations pareilles, avec l’aide de son frère et de votre gueusard de père.»

Grondard, qui donnait depuis un moment de grands signes d’impatience, fit de nouveau un geste de menace. Alessandri l’arrêta encore...

—Non! non! je n’ai pas menti, non, je n’ai pas menti! hurla la sœur de Grondard.

—Bref, poursuivit Maurin, le mieux pour toi, Alessandri, c’est d’aller faire ton rapport au sous-préfet, au maire ou aux juges. Fais-toi donner un bon mandat contre moi, un papier bien en règle, et alors tu pourras revenir armé non pas d’un revolver mais de ton bon droit... Je ne suis pas un vagabond. Où je demeure, avec ma mère, tu le sais. J’ai une cabane à moi dans le golfe de Saint-Tropez. Elle est en bois, mais elle paye l’impôt... Et de ce pas, avec ta permission, je vais y aller pour t’attendre... Est-ce convenu?

Le gendarme réfléchissait. Décidément, il avait raison, ce Maurin. Il parlait en homme de bon sens.

—Il a raison, Grondard, dit-il. Il a raison. Je le rattraperai, s’il le mérite, quand je voudrai. Il sait qui a fait le coup. Là-dessus, sa parole que j’ai entendue suffira au juge pour qu’il me donne l’ordre de le lui amener.