Mòourin deïs Màouros!

Le nom célèbre de Maurin ainsi lancé à pleine voix en notes prolongées et immédiatement suivi d’un cri de chat-huant qui eût été inimitable pour tout autre, annonçait, quand il le jugeait bon, sa présence aux habitants de la contrée. Les petits enfants même des villages du Var connaissaient cette habitude de Maurin et essayaient de reproduire sa clameur dans leurs jeux.

Maurin appuya son cri d’un coup de feu, sachant bien que ce bruit effraie toujours un criminel en train de mal faire... Et il s’engageait sous bois dans la direction des plaintes qu’il avait entendues, lorsque la Corsoise, haletante, rouge, tout échauffée et indignée, vint se jeter contre lui.

Elle regardait Maurin avec de grands yeux ardents où il voyait l’animation de la course et en même temps la colère qu’elle ressentait contre ses agresseurs inconnus.

—En criant, vous m’avez sauvée! dit-elle toute frémissante.

Et dans ses yeux la reconnaissance remplaçait la colère...

Ainsi, il tenait, là, dans ses bras, la fiancée du gendarme Sandri! Elle se mettait sous sa protection! Elle le regardait comme un sauveur en ce moment.

Maurin sentit dans son cœur un violent mouvement de fierté et de joie. Prendre à Sandri sa fiancée,—sans mauvaise ruse, bien entendu,—c’était bien là un triomphe digne du don Juan des Maures, et qu’il espérait depuis quelque temps avec une impatience secrète, et dont il s’étonnait.

—Qu’y a-t-il, ma belle petite? demanda-t-il.

Malgré la force de son impatience, le don Juan des Maures était un mâle trop énergique, trop sûr de lui-même et trop fier, pour jamais essayer de triompher d’une femme par des moyens sournois.